“La dette est un boulet qui empêche d’avancer” : Gilbert Ondongo, Ministre congolais de l’économie

Le ministre d’Etat congolais chargé de l’Economie et des Finances, du Plan et de l’Intégration M. Gilbert Ondongo a séjourné du  18 au 22 avril derniers à Washington, dans le cadre des réunions de printemps de la Banque mondiale et du Fonds Monétaire International.

Avant de quitter la capitale américaine, M. Ondongo a fait le point sur les relations entre la République du Congo et les institutions de Bretton Woods.

L’officiel parle également des progrès économiques de son pays, de la coopération avec la Chine et des opportunités d’affaires au Congo-Brazzaville, un Etat de quatre millions d’habitants, riche en ressources naturelles.

Selon M. Gilbert Ondongo , 53 ans et économiste de formation, la dette est un boulet qui empêche les pays d’avancer. En exclusivité.

AlloConakry : Monsieur le Ministre, comment sont les relations entre le Congo et les institutions de Bretton Woods ?

M. Gilbert Ondongo : Je vous remercie pour la possibilité que vous me donnez de parler des relations entre les institutions de Bretton Woods et la République du Congo. Je n’aimerais pas faire de la démagogie.

Mais  croyez-moi, nous avons de bonnes relations parce que nous avons achevé en 2010 un programme triennal avec succès. Peu avant le début de l’année 2010, nous sommes arrivés au point d’achèvement du PPTE qui nous a permis de nous séparer de la lourde dette qui nous empêchait d’aller de l’avant........

Ils viendront (le FMI) en fin de ce mois d’avril pour évaluer l’évolution de l’économie congolaise. D’après les derniers rapports en ma possession, les responsables du Fonds notent plutôt avec satisfaction l’évolution de l’économie congolaise.

Qu’est ce qui a changé dans l’économie congolaise depuis l’allègement de la dette du pays en 2010 ?

Je pourrais me permettre d’être un peu euphorique en disant « pratiquement tout ». La dette, pour nous, est un boulet. C’était de nous demander de courir le 100 mètres avec des boulets attachés au pied. Désormais, nous sommes débarrassés de ces boulets et nous avons une économie qui croit normalement parce que nous avons des ressources consacrées au développement et non au paiement de la dette.

C’est pour cela que nous avons eu un taux de croissance aujourd’hui d’au moins de 7 à 6 %, ce qui est très bien. Bien entendu, on aimerait faire mieux. Nous avons l’ambition d’aller à l’émergence d’ici à l’an 2025. Pour y arriver, il nous faut réaliser un taux de croissance à deux chiffres.

Quels sont les choix du Congo en matière de dépenses et de recettes ?

Les finances publiques au Congo ? Les choix sont clairs. Il nous faut nécessairement maîtriser les dépenses de fonctionnement. Année après année, nous travaillons à réduire les dépenses de fonctionnement de l’Etat. Dans le même temps, nous avons décidé d’augmenter les dépenses d’investissements. C'est à ce prix que se construit l’avenir.

Pour vous donner une idée, aujourd’hui les dépenses en investissement de l’Etat se chiffrent à plus de 1700 milliards de francs CFA, un peu mois de 1000 milliards pour les dépenses de fonctionnement.

Depuis longtemps, c’était l’inverse. Les dépenses de fonctionnement de l’Etat étaient une fois et demi plus importantes que les dépenses investissements. Depuis 3 ans, nous avons renversé la tendance. Désormais, on construit avec les dépenses d’investissements et on maîtrise le train de vie de l’Etat.

Par rapport au pétrole, qui constitue notre première richesse, nous avons fait le choix de ce qu’on appelle l’ancrage budgétaire, c’est-à-dire on a décidé qu’il vente, qu’il neige, désormais on ne prend plus l’ensemble des ressources pétrolières pour affecter aux dépenses de fonctionnement et d’investissement .

On a arrêté un niveau de dépenses qui seront financées par les recettes pétrolières. Sur les trois ans à venir, nous avons retenu que 1500 milliards devraient aller aux dépenses de fonctionnement et d’investissement.

1000 milliards pour l’investissement et 500 milliards pour le fonctionnement. Si nous avons 4000 milliards de recettes pétrolières, les autres 2500 milliards seront épargnés. Quoi qu’il arrive, si nous avons même 5000 milliards de recettes pétrolières, les 3500 milliards seront épargnés.

Dans le passé, nous ajustions nos dépenses par rapport aux recettes disponibles. Comme nos recettes pétrolières sont généralement au-delà de 2000 milliards, nous faisions de sorte que l’ensemble de recettes pétrolières soit dépensé. Aujourd’hui, il n’en est plus question.

Quels sont les grands projets de votre gouvernement et pour la réalisation desquels vous souhaitez l’intervention de la Banque mondiale ?

Concernant la Banque mondiale, nous souhaitons surtout qu’elle nous accompagne dans la mise en place des infrastructures d’intérêt communautaire, pour être précis.  On aimerait bien qu’elle nous accompagne pour faire une route qui relie le Congo à la République du Cameroun, qui  relie le Congo à la République Centrafricaine, qui relie le Congo à la République Gabonaise, et qui relie le Congo à la République Démocratique du Congo.

Qu’en dit la Banque mondiale ?

La Banque est intéressée par le pont route-rail entre les deux Congo. Nous avions eu le privilège de recevoir à Brazzaville l’administrateur du Congo à la Banque M. Agabito. Et ici à Wasghington, je viens d’être reçu par le vice président pour l’Afrique sur la même question et je suis satisfait des résultats de cette rencontre.

Quelle est votre approche en ce qui concerne la réduction de la pauvreté au Congo ?

Notre approche vise à créer le maximum d’emplois, à donner un emploi décent à chaque Congolais de sorte qu’il vive dans de bonnes conditions. Nous n’avons pas choisi de réduire le chômage par des interventions sociales de courte durée. Pour nous, la vraie solution du chômage passe par l’emploi dans le temps. Nous faisons des dépenses sociales pour construire et équiper des hôpitaux, des écoles et y affecter les personnels.

La dépense structurelle s’avère un problème fondamental pour l’économie africaine en général, et celle du Congo en particulier. N’est-il pas nécessaire d’avoir des politiques sectorielles ou volontaristes pour briser cette dépendance ?

1- Beaucoup de pays africains dépendent de l’extérieur même pour leurs ressources. Ce sont des aides extérieures qui forment dans certains pays l’essentiel du budget pour le fonctionnement et l’investissement.

2- L’Afrique dépend trop de ses matières premières, donc l’économie n’est pas diversifiée. On dépend du pétrole, du fer, de toutes les richesses naturelles qui sont produites sur le continent. Au Congo, nous travaillons à réduire ces dépendances vis-à-vis de l’extérieur. Si c’est simplement dans le cadre de la globalisation le fait que le monde est un marché (nous achetons, nous vendons), ce n’est pas un problème. Mais si c’est pour dépendre des ressources de l’extérieur nous devons travailler à mettre fin à cette dépendance.

Qui dit dépendance, dit absence de liberté et de souveraineté. Chez nous, la dépendance vis à vis des matières premières est un combat. C’est notre choix de politique économique de faire en sorte que l’économie n’occupe plus la première place par rapport aux ressources nationales. Compte-tenu de la volatilité du cours des matières premières,  iI serait donc mieux que d’autres secteurs prennent le relais du pétrole : l’industrie, les services, l’agriculture et autres…

La poursuite de la politique d’ouverture est-elle souhaitable pour le Congo ?

Nous sommes dans un monde ouvert. Ce serait un tort de vivre comme une enclave. Il faut simplement s’adapter à ce monde ouvert parce que les règles de la concurrence sont dures. Il faut s’adapter. Nous exigeons de nos partenaires de l’extérieur qu’ils nous accordent un délai d’adaptation parce que nous sommes encore des économies fragiles.

Nous ne pouvons pas être ouverts tout azimut au risque d’étouffer l’économie nationale. Nous avons donc besoin de ce délai pour consolider notre économie nationale pour que nous ne soyons pas obligés de tout importer.

Que pensez  vous de la percée de la coopération sino-africaine ?

La Chine est un pays en pleine croissance, un pays qui sort du sous développement et qui, de notre point de vue, à une relation saine avec  l’Afrique. Une relation constructive et comme c’est à la mode, une relation gagnant-gagnant.

Comment cette relation gagnant-gagnant se traduit- elle sur le terrain au Congo?

Le président Xi Jinping a effectué récemment une visite en Afrique dans le cadre du sommet des BRICS. Il nous a fait l’honneur de nous rendre visite au Congo pendant deux jours. C’est une visite qui a permis d’approfondir l’amitié sino-congolaise, de promouvoir les échanges et la coopération entre nos deux pays dans tous les domaines.

La Chine nous a fait part de son intention d’investir au Congo et nous a fait un prêt concessionnel. Nous avons signé beaucoup de contrats pour plusieurs millions de dollars. Ces accords s’ajoutent à ceux déjà en cours, comme le financement de plus de 500 kilomètres de route entre Brazzaville et Pointe-Noire et la construction de nouveaux quartiers. La Chine a entre autres construit un hôpital dans le sud de la capitale et étendu l’aéroport de Pointe-Noire, épicentre de l’activité pétrolière dans notre pays.

Cela dit, nous savons aussi qu’il y a des critiques pour dire que la Chine est entrain de s’implanter en Afrique et que sa présence sur le continent vise simplement à tirer profit de nos ressources naturelles. C’est un faux débat.

Je vais vous dire une chose… Il  est vrai que tout changement appelle généralement quelques résistances. Le temps fait son oeuvre et après on réalise qu’on a eu tort de résister. Le changement s’adapte. Je ne sais pas pourquoi on fait une histoire particulière des relations entre la Chine et l’Afrique. Pourquoi ne ferait-on pas d’histoire particulière des relations entre l’Europe et l’Afrique, l’Amérique et l’Afrique ? Il n’y a pas de raison de stigmatiser cette relation.

Il y a également des Congolais qui estiment que les Chinois sont entrain de “voler" les emplois qui devaient leur revenir de droit ?

C’est un faux problème. Notre code d’emploi dit “priorité aux Congolais”. C’est la moindre des choses. Lorsque nous n’avons pas la qualification, il faut faire avec les Chinois. Il faut plutôt réunir beaucoup de compétences dans notre pays de sorte que chaque fois qu’il y a un emploi à compétences égales – les Congolais soient employés.

Comment se présente l’atmosphère dans le pays en ce qui concerne le climat d’affaires. Et comment se situe le prochain Forum de Washington sur “Doing Business” au Congo se situe par rapport à cette dynamique ?

Je dois être honnête pour dire que nous ne sommes pas contents de notre classement actuel. C’est bien pour cela que nous aurons quelques échanges avec ceux qui tiennent la plume du classement en matière de “Doing Business” au Congo, non pas seulement aux Etats-Unis, mais partout dans le monde.

Aujourd’hui, de notre point de vue, nous avons crée un climat d’affaires relativement bon en débarrassant le pays des procédures inutiles tendant à renforcer la bureaucratie et à décourager les hommes d’affaires. Chaque fois que nous avons connaissance d’un facteur qui limite ou gène la bonne marche des affaires au Congo, nous le corrigeons dans le cadre de la loi des finances. Il est de notre intérêt d’avoir un bon climat d’affaires parce que nous devons notre développement, en partie, au bon climat d’affaires.

C’est ainsi que que récemment à Paris avec le Président Sassou NGuesso, nous avons eu une séance de travail avec le patronat français. Nous étions agréablement surpris de l’engouement des hommes d’affaires français pour le Congo. Le message était que le Congo est ouvert, vous attend et est prêt à vous accompagner. Le message est bien compris. Certains sont déjà présents sur le terrain et d’autres ont promis de venir.

Propos recueillis par Alsény Ben Bangoura

AlloConakry

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.

Retour en haut