C comme Centrafrique, C comme coup d'État

C'est le cinquième coup d'État en Centrafrique en 53 ans. L'offensive éclair menée par la rébellion a eu raison du régime de François Bozizé, arrivé lui-même au pouvoir par les armes. Chronique d'une chute programmée.

L'Afrique fait encore parler d'elle avec un coup d'État. Dimanche 24 mars, la Sékéla s'est emparée sans difficulté de Bangui, capitale de la Centrafrique. Les rebelles ont renversé le Président Bozizé qui a pris la fuite vers le Cameroun. Ce changement violent et non démocratique s'explique par de nombreuses raisons. Elles tiennent à la mauvaise gestion de François Bozizé, à l'histoire agitée de la Centrafique mais aussi à des équilibres géopolitiques régionaux.

Insécurité, corruption, pauvreté

François Bozizé laisse derrière lui un pays en proie à l’insécurité et la corruption. Ses dix années au pouvoir ont surtout profité à son clan. Malgré son uranium, son or, son pétrole et ses diamants, l'économie centrafricaine ne décolle toujours pas. Sa population (5 millions d'habitants) reste l'une des plus pauvres de la planète. L'espérance de vie n'y atteint même pas cinquante ans. Aussi, les scènes de pillage qui ont lieu depuis dimanche à Bangui n'ont rien de surprenant. 

Coups d'État à répétition

Mais, le règne calamiteux de Bozizé s'est fracassé sur une tradition de rébellions en Centrafrique, synonymes de prises du pouvoir par les rebelles ou par leur candidat. L'histoire de la République centrafricaine, depuis son indépendance en 1960, est en effet traversée de coups d'État. Cinq en 53 ans ! Cela fait en moyenne un par décennie. David Dako, premier président du pays, instaure une dictature. En 1965, Jean Bedel Bokassa, alors chef d'État major de l'armée centrafricaine, réussit son putsch. Son règne dure quatorze ans ... jusqu'à ce que Dako reprenne le pouvoir. Mutineries et rébellions se succèdent. En septembre 1981, le général André Kolingba force David Dako à se retirer à son profit et met en place un régime militaire. En 1993, sous la pression de mutins, Kolingba organise des élections qui permettent à Ange-Félix Patassé de devenir Président de la République. Patassé est renversé en mars 2003 par son ancien chef d'État-major, le général François Bozizé. Ce dernier est élu Président en 2005, puis réélu en 2011. On connaît la suite.

Françafrique, quand tu nous tiens

Le pays a connu des hommes forts bien souvent issus des rangs de l'armée. Et ici, la France n'est jamais loin. Centrafrique ou Françafrique ? Les régimes de Dako et Bokassa ont été renversés, en partie, car ils ne faisaient pas le jeu de l'ancienne puissance coloniale. Aujourd'hui, la France n'est peut-être plus le gendarme du continent, mais elle garde la main sur l'Afrique noire à travers des piliers de la Françafrique que sont le Tchad, le Congo Brazzaville et le Gabon. Et dès qu'il est question de l'avenir de la Centrafrique, le Tchad a son mot à dire.

La chute de Bozizé ? Et après ? Certainement un coup d'État réalisé sans réel programme politique. L’ONU, l’Union africaine, l'OIF, la communauté internationale auront beau condamner ce coup de force, cela n'y changera pas grand chose. Après cinquante ans d'indépendance, en Centrafrique, pays grand comme la France métropolitaine, la force des armes reste plus que jamais d'actualité (consulter la liste des coups d'État en Afrique http://annagueye.ragemag.fr/afrique-sub-saharienne-47-pays/). Et si un jour, en Centrafrique, en Afrique, la démocratie l'emportait ? I have a dream. It is deeply rooted. Yes, I have a dream.

Aurélie GANGA

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