Cécile Kyenge : être une femme noire ministre en Italie

Cécile Kyenge, originaire du Zaïre, est l’un des nouveaux visages du gouvernement d'Enrico Letta. Pour la première fois, une femme noire devient ministre en Italie.

Dimanche matin, Cécile Kyenge Kashetu a prêté serment comme ministre de la coopération internationale et de l’intégration au sein du nouveau gouvernement italien. e président du Conseil italien, Enrico Letta avait annoncé la veille la composition de ce gouvernement de coalition qui s'était tant fait attendre. La nomination de cette femme de 48 ans n'est pas passé inaperçue dans la presse transalpine et sur les médias sociaux. « Il primo ministro di colore della Repubblica » ! Oui, elle est noire de peau et née en 1964 à Kambove en République démocratique du Congo (ou devrais-je dire le Zaïre). Elle est la première femme d’origine africaine à occuper une telle fonction. Enrico Letta a constitué une équipe renouvelée, rajeunie, féminisée. Cette nomination représente un symbole fort de renouvellement et de modernité.

Une Black au Parlement italien

Pour Cécile Kyenge, c’est « une décision qui constitue un pas décisif pour changer concrètement l’Italie et la façon de voir l’intégration de ceux qui vivent déjà dans le pays ». La grande sœur sait de quoi elle parle. Arrivée en Italie en 1983, Cécile Katsenu Kyenge Tsetu obtient son diplôme en médecine et en chirurgie à l’université catholique de Rome, avant de se spécialiser en ophtalmologie à l’université de Modène. Elle n’a rien d’une novice en politique. D’abord conseillère régionale de l’Emilie Romagne, elle est élue député à l’Assemblée nationale italienne sous les couleurs du Parti démocrate lors des élections générales de février 2013. Elle devient alors la première femme noire à siéger au Parlement.

Droit du sol

Spécialiste des questions d’immigration, cette militante des droits de l’Homme a sillonné toute la péninsule italienne, comme porte-parole nationale du réseau Primo Marzo, une organisation italienne de lutte contre les discriminations et pour le respect des droits des immigrés. Sa connaissance du domaine sera précieuse au ministère de la coopération internationale et de l’intégration, où elle fait du droit du sol une priorité. « Un fils d’immigrant, qui est né ici et qui se forme ici doit être un citoyen italien », a-t-elle expliqué. La citoyenneté italienne est basée sur le droit du sang. Elle s’attaque donc à une rude partie. Et elle le sait : « Je rencontrerai probablement des résistances, nous devrons beaucoup travailler pour y arriver. » La lutte contre le « racisme institutionnel » sera l’un de ses autres chevaux de bataille. Le nouveau ministre aimerait abroger le délit d’immigration clandestine et rendre le marché du travail plus accessible aux étrangers.

Sacré défi

Cécile Kyenge est citoyenne italienne. Pour autant, elle n’en oublie pas l'Afrique où elle a grandi. Elle a présidé la délégation de la diaspora africaine en Italie. Elle en a d’ailleurs conduit une délégation à Pretoria en février 2011. Comme moi, elle a eu la chance et l’honneur de rencontrer Nelson Mandela. Dans une vie, cela reste un événement marquant.

J’adresse tous mes vœux de réussite à Cécile Kyenge dans ses nouvelles fonctions. J’espère qu’elle sera plus qu’un symbole, et encore moins un alibi. Chez le voisin français, sous François Mitterrand, le Togolais Kofi Yamgnane avait également hérité du portefeuille de l’intégration. Je souhaite du courage et de la détermination à Cécile Kyenge. Elle relève un sacré défi dans une Italie qui n’aime guère les étrangers, notamment lorsqu’ils viennent d’Afrique noire.

Aurélie GANGA

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